Ma boîte cadeau a volé à la poubelle

Ma boîte cadeau a volé à la poubelle

Mes enfants ont 12 et 9 ans aujourd’hui. Mais quand on me parle d’allaitement, je me sens encore touchée par le sujet. On a beau dire, on n’oublie jamais vraiment …

J’ai accouché en maison de naissance pour mon premier bébé. C’était important pour moi de ne pas vivre ce moment dans un environnement hospitalier.

L’allaitement était pour moi une évidence. Je ne m’étais d’ailleurs jamais vraiment posé la question, mais comme je souhaitais un accouchement “au naturel”, nourrir mon bébé “au naturel” allait de soi. J’ai un eu un superbe premier accouchement, dans le respect de mon corps et de son rythme, à la maison de naissance de Namur. J’ai eu mal, j’ai eu tellement mal. Cette douleur, j’y étais préparée, ça m’a aidée, mais je trouve qu’on n’en parle jamais assez. Un accouchement, c’est une douleur qu’on ne peut pas décrire, et quand bien même tout se passe bien, non, maman, ça n’est pas “comme une lettre à la poste”.

À la maison de naissance, on m’a donné une boîte cadeau, en me disant “tu y as droit, mais on te conseille de ne rien utiliser de ce qu’il y a dedans”. Rien qu’ouvrir la boîte était un enfer olfactif, avec des odeurs synthétiques: il s’agissait de lessive et d’adoucissant “pour bébé” (j’ai toujours fabriqué ma lessive moi-même, on a dû éloigner cette boîte de notre maison tellement l’odeur nous dérangeait), et du lait en poudre Nestlé. Au cas où, j’imagine. On ne sait jamais, n’est-ce pas?

Ah, Nestlé, cette multinationale qui ne veut que notre bien ! Bref, ma boîte cadeau a volé à la poubelle.

L’allaitement fait mal, très mal, et je trouve qu’on ne le dit pas non plus. Mais ces premiers jours où nos tétons ne sont pas habitués, qu’ils subissent cette succion tellement intense qu’on a l’impression que le sein tout entier est aspiré ! Durant 2 semaines, il faut supporter cette douleur, en plus de celles de l’accouchement. Allaiter, c’est deux semaines où on ne dort pas. C’est deux semaines où on a mal. Après, oui. Après, c’est le bonheur, d’avoir du lait tout prêt, toujours sur soi. C’est un plaisir, c’est un lien incroyable. Tout ça, tout ce qu’on lit, c’est vrai.

Mais il faut d’abord passer par cette épreuve de désensibilisation, et ça, PERSONNE ne le dit.  Et c’est souvent à ce moment-là que l’on rencontre des problèmes comme les mastites, ou, comme moi, une mycose.

Mon bébé avait un mois, quand soudain, j’ai commencé à avoir des douleurs au niveau des tétons. Ils étaient en feu ! Allaiter devenait une souffrance indicible.  Je pleurais pour donner à manger à mon petit. Une nuit, mon mari est rentré tard de son travail, et il m’a trouvée en panique. Je hurlais (et le bébé aussi) que j’arrêtais l’allaitement, que c’était une torture, que je ne pouvais plus, que j’allais tuer mon bébé qui ne mangeait pas assez, mais que ça faisait trop mal. C’est mon mari qui m’a dit calmement qu’on allait appeler la sage-femme en première heure le lendemain, et que non, ce n’est pas une douleur à supporter “en attendant que ça passe”.

La sage-femme m’a dit de venir immédiatement, et elle a eu cette phrase extrêmement rassurante : “Il faut que je voie, mais je pense savoir ce que tu as, et j’ai un remède immédiat.”

C’était donc une mycose,et la sage-femme m’a donné une crème magique qui a fait partir la douleur (et la mycose).

Après, mon allaitement a été un vrai bonheur. Pour mon bébé et pour ma santé, c’était un équilibre parfait. J’ai arrêté l’allaitement quand le petit à eu 1 an et deux mois. Il m’a mordu. Ca a été mon signal.

Je n’ai jamais donné de lait en poudre. À cet âge-là, je lui donnais déjà à manger équilibré. Le lait était un aliment pour rassurer. Je lui ai donné du lait végétal, un peu de tout sauf du lait de soja, trop sucré. Je les variais, et je veillais à ce qu’il mange de tout.

Deux ans et demi plus tard, ma fille est née à la maison. Je n’avais pas pris le temps de me préparer à la douleur, parce que j’estimais “que je savais”, et ça a été une mauvaise idée. Quoi qu’on en dise, on oublie. L’allaitement s’est mis en place plus rapidement : le corps se souvient. Je savais qu’il fallait attendre quelques jours avant de ne plus avoir mal aux seins.

Tout a été fluide, mais j’étais plus fatiguée : j’ai dû stimuler mon lait un peu plus que pour la première fois, avec de la bière sans alcool et des tisanes au fenouil (je n’en supporte plus ni le goût, ni l’odeur).

Un soir, je travaillais à Bruxelles, j’avais eu une journée harassante, et je devais tirer mon lait, je l’ai fait dans un parking sordide. C’était laborieux, les conditions étaient vraiment difficiles. Une fois que ça a été terminé, j’ai constaté que j’avais oublié de prendre le couvercle du petit pot. J’avais fait tout cela pour rien. J’ai dû jeter mon précieux lait dans le parking. Et je me suis dit “ok maintenant c’est bon, j’arrête l’allaitement”. Ma fille avait 1 an et trois mois.

Comme pour mon fils, on lui a donné du lait végétal.

Dans ma tête, à chaque fois, c’était clair : je n’avais plus envie d’allaiter. Comme c’était clair pour moi, les enfants l’ont senti, et ça n’a jamais posé problème.

Je n’ai jamais eu de pédiatre. J’en ai rencontré un dans le car ONE. Il m’a dit que je ne pouvais pas donner de légumes de mon potager à mon bébé sans avoir fait des analyses de sol au préalable. Qu’il valait mieux donner des petits pots Nestlé, étudiés pour être parfaitement équilibrés.

Je n’ai jamais voulu de pédiatre par la suite. J’ai demandé à mon médecin traitant, qui avait toute ma confiance, s’il était d’accord de suivre mes enfants. Ils n’ont jamais eu de maladies qui nécessitent un médecin.

Un jour, chez la kiné, j’ai croisé une jeune maman en pleurs avec son fils dans son maxi-cosi. Son pédiatre lui a dit que son bébé était trop gros, qu’il fallait qu’elle lui donne moins de lait, et qu’elle lui donne plutôt des biberons de thé.  J’ai respiré un bon coup pour rester calme, et je lui ai dit que j’avais une opinion à ce sujet, que je ne suis pas médecin, mais qu’un bébé il prend ce dont il a besoin, et le priver de ce dont il a besoin, c’est de la torture. Que c’était mon avis, mais que j’avais constaté qu’il y a avait quand même des tas de docteurs qui disaient n’importe quoi, et que c’était à elle à faire appel à son instinct pour savoir si elle allait vraiment priver son enfant de nourriture ou pas.

Aux femmes qui abordent l’allaitement, je dis toujours : faites comme vous le sentez, à l’intérieur. Ca fait trop mal ? C’est trop dur ? Arrêtez.

Vous voulez continuer ? C’est vraiment important pour vous ? Il y a des tas de sages femmes formidables qui pourront vous aider.

Vous avez peur que vos seins soient moins fermes et c’est important pour vous qu’ils le restent ? N’allaitez pas.

Entourez-vous de médecins en qui vous avez confiance. Et vous pouvez la mettre en doute : ce sont des humains comme les autres, ils peuvent se tromper.

J’ai allaité parce que cela me correspondait parfaitement. Parce que ça allait de soi. Pas parce qu’on m’a dit que c’était mieux. Je crois que le secret pour une maternité la plus épanouie possible, c’est de s’écouter.